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Grand Prix : « Une éclatante réussite sportive
mais... »
Même
dans ses rêves les plus fous, Jean-Pierre Gugliermotte naurait
pu rêver pareille embellie. Des coureurs venus pour courir
et non pour du kilométrage. Une course animée, pas
déchappée-bidon accouchant dun vainqueur
de pacotille, un bon comportement des jeunes et pour couronner le
tout le sacre dArmstrong. Mais une question reste : le Grand
Prix nest-il pas aussi victime de son succès ? Réponses...
Bon,
commençons dabord par les questions qui font plaisir
: au premier coup dil, lorganisateur que vous
êtes ne peut quêtre ravi de cette 54e édition...
Il
faudrait être difficile ! Dabord, le plateau a été
exceptionnel. Presque digne du Tour et autrement supérieur
à celui du Giro. Et je ne parle même pas de la course.
Ensuite, tout ce beau monde a joué le jeu et a couru sur
le "grand plateau"... Les vedettes ont fait la course
et ne se sont pas contenté seulement de peaufiner leur condition
physique. Et cela, grâce en grande partie à Lance Armstrong
qui est venu chez nous pour gagner. Il a ainsi lancé la course
et cela a démarré à fond. Il y a eu de la course
tous les jours. Ainsi, les leaders nont jamais été
tranquilles alors que les années précédentes
il fallait souvent attendre les deux dernières heures pour
que létape se débride. La preuve : les grands
favoris mont tous dit - y compris Armstrong - que la course
avait été très exigeante. Quelle leur
avait laissé des traces dans les jambes, sans jamais pouvoir
souffler... Enfin, jespérais que le public serait nombreux
au rendez-vous. Il la été ! Cest lune
de mes grandes satisfactions. On a enregistré, du début
à la fin, un soutien fort du public venu voir ce spectacle
gratuit.
Un
Grand Prix impeccable, ajouté à une victoire du numéro
un mondial, forcément ça vous positionne...
Le
Midi Libre, cest maintenant clair, fait partie des grandes
courses. Je dois vous dire quArmstrong est venu me trouver
après lépreuve pour me dire quil était
ravi de lorganistion.Quil avait pu courir tranquille,
en toute sécurité, quil navait pas eu
de problème dintendance et quil avait beaucoup
apprécié le parcours.
On
imagine que vous tirez de tout cela de légitimes motifs de
satisfaction...
Effectivement,
une grande satisfaction, et dabord pour mon équipe
car nous étions un peu partis dans la précipitation.
Rappelez-vous : on a démarré beaucoup plus tard que
dordinaire, du fait des problèmes rencontrés
par la direction du groupe de lancer lépreuve après
les contretemps dus à la réduction de la durée
de lépreuve, à la concurrence du Tour de Belgique
et à la non-réponse des pouvoirs sportifs en matière
de lutte contre le dopage. Pour pallier ce retard, léquipe
sest mise en permanence dans le rouge mais le puzzle sest
reconstitué de belle façon.
Autres
points positifs ?
Je
puis dire - et notamment grâce aux efforts de mon adjoint
Mathieu Anglade - que nous sommes actuellement la seule course -
hors Tour de France bien sûr - à être en équilibre
financier. On sait en effet que les autres courses comme Paris-Nice
et le Dauphiné Libéré sont en déficit.
Cest surtout la preuve dune rigueur budgétaire
bien pensée et dun développement commercial
rondement mené.
Et
les partenaires ?
Ils
ont, dabord, tous été impressionnés par
laffluence du public au bord de la route. Le plateau, la presse,
la pression, la dimension événementielle avec un Armstrong
en jaune, ils ont aimé !
Malgré
cette réussite, on a senti comme des réticences de
la part du président du directoire, relatives notamment à
linsuffisance des efforts déployés par le cyclisme
pour offrir une image plus "clean"...
M.
Bergeroux a dit quil attendait avant de se prononcer sur une
éventuelle reconduction du Grand Prix. A cela trois raisons
: Le Giro nous oblige à nous poser des questions. Certes
sur le Midi Libre, il y a eu une très belle fête à
tous les niveaux mais une autre partie du peloton internatonal na
visiblement pas redressé la tête et nest toujours
pas dans la bonne direction. Et puis, que va-t-il se passer aussi
sur le Tour de France ? M. Bergeroux attend visiblement de voir
lévolution de la situation. Ensuite, les partenaires
étaient présents cette année ce qui garantissait
léquilibre. Nous y sommes parvenus pour la deuxième
année consécutive mais seuls les prochains debriefings
avec
ces mêmes partenaires nous donneront - et à ce moment-là
seulement - la tendance pour le 55e Grand Prix. Enfin, le Grand
Prix a beaucoup grossi en termes dorganisation et de structures
: est-ce que notre équipe qui sest mobilisée
à 200 %, peut suivre ? Est-ce que lévénement
nest pas trop gros pour les structures habituelles dun
service "promotion" comme le nôtre, seulement adapté
aux besoins habituels dun groupe de presse ? La concentration
des moyens sur le seul Grand Prix ne se ferait-elle pas au détriment
dautres manifestations du groupe ? Je crois que nous sommes
arrivés à une croisée des chemins et à
un choix stratégique. Car avec nos moyens, et vu le gigantisme
du Grand Prix, nous ne pourrons pas faire, tout et bien, jusquau
bout...
Recueilli
par Georges BURY
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